Pagine di Faustin

O Faustin… Riposa in pace…

En ce temps là !

Le « service des Pompes funèbres » était assuré par des bénévoles (dont j’étais) sous l’autorité du menuisier fabricant du cercueil.

Un jour, avec l’oncle Dumé et mes cousins Louis et René, nous sommes chargés de la mise en bière d’un vieil homme du village. Nous soulevons le défunt du lit mortuaire (deux à la tête et deux aux pieds) l’oncle, un peu tremblant, trébuche, lâche prise et le trépassé tombe lourdement sur le sol en exhalant comme un dernier souffle.

Alors un de mes cousins très sérieusement lui dit :
« maintenant ça y est- tu as fini de le tuer «

Incongru mais irrépressible fut notre rire !!!

En ce temps là !

Le tourisme automobile, en plein essor, doit se sentir un peu gêné par la présence, sur les routes, de gentils ânes, très nombreux à cette époque, snobant sans vergogne ces drôles de bêtes à quatre roues !!

Un arrêté préfectoral demande à la gendarmerie, de dresser P.V. aux propriétaires de ces équidés divaguant -à condition, bien entendu, d’en identifier la  » filiation  » !

Ce jour là sur la place du village où je me trouvais en nombreuse compagnie, arrive  »plan plan » l’âne de mon père. Arrivent également, trois pandores qui nous saluent en nous demandant à qui appartient cet animal. Les uns et les autres se regardant d’un air interrogateur répondent l’ignorer et ajoutent cet argument imparable :

« Vous savez, au village, nous connaissons tous les ânes, mais celui-là est sûrement un âne étranger ! »

Un gendarme, non dépourvu d’humour, accepte cette explication :
« Vous avez sans doute raison, c’est probablement un âne turc.. ..débarqué hier à L’Ile Rousse »

En ce temps là !

Le dimanche 29 avril 1945 les femmes étaient appelées, pour la première fois, à voter. Le matin du vote, je dis à ma grand-mère, Dominique-Marie, : « Après la messe, je te conduirais au bureau de vote »

« Il n’en est pas question, me répondit-elle, les femmes ne votent pas ce n’est pas aujourd’hui que je vais le faire »

Enfin, à force d’arguments plus ou moins pertinents, elle me suit au bureau de vote où je lui donne un bulletin et elle  »accomplit son devoir ».

Un des dimanches suivants le curé du village -qui était également son cousin- l’aborde et lui dit d’un air très réprobateur :

« Tu sais, Dominique-Marie, que tu as voté pour les communistes qui sont les suppôts du démon, alors il faudra que tu viennes te confesser »

Se sentant coupable d’un immense péché et m’en rendant responsable (ce qui n’était pas totalement faux !!) je lui répondit :
« Mammo, tu n’as pas de soucis à te faire, le diable est une invention des curés »

Elle en fut un peu apaisée mais pas vraiment convaincue .